La grâce de Dieu manifestée en Christ nous instruit à vivre pour le Seigneur

Es 9,1-6 ; Lc 2,1-14 et Tt 2,11-15

Brève introduction
Il nous semble impossible de ne pas célébrer la fête de Noël de cette année comme cela a été le cas l’année dernière. Chaque célébration d’une fête chrétienne devrait avoir un autre contenu et donc un autre sens pour moi afin de justifier chaque célébration comme me faisant faire un pas de plus dans la connaissance de Dieu. En ce jour de Noël 2014, notre désir est de saisir cette opportunité pour faire comprendre l’origine de la célébration de la Noël comme l’une des fêtes chrétiennes et donner la signification, mieux l’implication de ladite fête, pour nous aujourd’hui.
Origine de la célébration de la « Noël »
Le terme Noel vient du terme latin « natalis » signifie « naissance ». A Rome, il s’était déjà installé le culte de Mithra d’origine iranienne, une divinité du soleil qui comportait une initiation du soleil à travers des cérémonies à mystère. La fête consacrée à Mithra le 25 décembre portait en latin le nom de Natalis Solis Invicti (Naissance du Soleil Invaincu). Des jeux solennels et de grands feux étaient allumés dans le but d’aider le soleil à monter toujours plus haut.
Il est rai que l’église primitive célébrait la mort de Jésus comme un événement de l’accomplissement de salut mais ne célébrait pas la naissance de Jésus. Cette célébration de la Pâques a pris plus de 3 siècles avant que l’on ne commence à comprendre que son apparition aussi revêt un caractère essentiel et que sa naissant aussi doit être célébré. L’apôtre Paul, à travers tous ses écrits, fonde la foi et l’existence chrétienne sur la mort et la résurrection u Christ et nulle part il n’a fait mention de la naissance de Jésus comme un évènement à célébrer. L’évangéliste Marc qui écrit le tout premier parmi les évangélistes commence son évangile par le baptême et non la naissance (cf. Mc 1,1-11). Ce sont les évangélistes Matthieu et Luc qui, 50 ans après, commencent leurs évangiles par le récit de l’enfance de Jésus. En parlant de la conception et la naissance de Jésus, les deux évangélistes situent le salut de Dieu au-delà de la mort du Christ. Ils démontrent que la mort a son sens dans l’histoire du salut parce que le Christ est né de Marie tel que cela avait été annoncé par les prophètes. Alors que l’église célébrait les fêtes consacrées aux apôtres et aux martyrs en rapport avec leur mort, on note, en lisant la Bible, que Pharaon (Gn 40,20) et le roi Hérode (Mt 14,6) ont eu à célébrer leur naissance.
Les premiers chrétiens ont, au fur et à mesure, compris la nécessité de célébrer la naissance non pas un événement dont il faut découvrir la date mais aussi non pas célébrer le 25 décembre comme un anniversaire mais comme un article de foi à confesser.
Des calcules ont commencé à être faits pour justifier la célébration de la Noël en date du 25 décembre selon les deux tendances suivantes :

  • le premier calcul situait la conception de Marie à mars ou 6 avril qui était considéré comme le commencement de la création en situant sa naissance 9 mois après, soit le 25 décembre ou 6 janvier.
  • Par ailleurs, le père Jean-Chrysostome fait un calcul fondé sur la période où Zacharie, selon le tour de sa classe et cela suivant la coutume du sacerdoce, se trouve en train d’officier devant Dieu et offrir l’encens à l’intérieur du sancturaire du Seigneur (Lc 1,6-9). Il reçoit une vision de l’ange pendant qu’il était débout à droite de l’encens qui lui annonce la naissance d’un fils malgré sa vieillesse et celle de sa femme (Lc 1,11-18). L’argument de Chrysostome va jusqu’à Marie qui reçoit, elle aussi, la visitation d’un ange, six mois après, qui lui annonce aussi qu’elle deviendrait enceinte sans l’intervention humaine mais par le Saint-Esprit qui viendrait sur elle et sous la couverture de l’ombre du Très-Haut (Lc 1,34-35). Pour persuader Marie qui cherche à comprendre comment cela se ferait-il, l’ange lui donne un témoignage vivant « et voici qu’Elisabeth, ta parnte, est elle aussi enceinte d’un fis dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois » (Lc 1,36). C’est fort de cet argument que Jean-Chrysostome dit que si Elisabeth est enceinte depuis fin septembre, on peut donc noter que Marie est à son premier mois en mars/avril. Ce qui conduirait à situer la naissance de Jésus 9 mois après, c’est-à-dire en décembre.

Ce qui va intéresser l’église, ce ne sera pas situer la naissance de Jésus le 25 décembre mais fêter tout simplement sa naissance comme un évènement important tout aussi pour le salut. Les chrétiens vont surtout situer leur célébration dans une perspective apologétique, c’est-à-dire défendre la foi chrétienne contre les erreurs. Ils vont combattre la conviction qui fonde la culte du Soleil invaincu en affirmant que le Christ était, lui seul, le soleil toujours vainqueur. En Lc 1,78b, dans la prophétie de Zacharie, il est dit : « .. . grâce à elle (la miséricorde divine), nous a visités l’astre levant (soleil ou étoile du matin) venant d’en-haut ». Jésus est considéré comme la grande lumière qui vient dissiper les ténèbres qui couvrent le monde et délivrer ceux qui marchent dans l’ombre de mort (cf Es 9,1ss). Il est le soleil levant et l’étoile du matin qui éclaire tous ceux-là qui marchent à la lumière qui est venu d’en –haut. Il y a eu même à Rome une mosaïque au 3ème siècle qui représentait le Christ-Soleil sur son char triomphant.
Signification de la Noel pour nous D’abord, fête d’abaissement de Dieu pour l’élévation de l’homme pourtant pécheur.
La naissance dans une étable, le bébé enveloppé de pauvres langes et couché dans une crèche (Lc 1,6-7), la pauvreté de Marie et Joseph qui, pour présenter l’enfant Jésus au temple offrent un couple de tourterelles ou deux petits pigeons (Lc 2,22-24) et toute sa vie marquée par l’humilité, c’est tout cela qui montre à quel niveau Dieu s’est abaissé vers nous. Paul le dit bien en 2 Co 8,9 : « vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus-Christ qui, pour vous, de riche qu’il était, s’est fait pauvre, pour vous enrichir de sa pauvreté ».
Celui à qui les trois titres sont attribués est pourtant couché dans une mangeoire et non dans un berceau situé dans un palais royal ; ce qui est un signe par lequel on allait le reconnaitre. Ce signe n’apparaît pas miraculeux mais un signe de l’abaissement de Dieu qui se donne même là où on ne peut attendre le trouver. C’est cette vérité qu’il faut accueillir à travers l’évènement de la Noël. Descendre de son élévation (piédestal) en décidant de se laisser arracher au mal pour recevoir le salut parce qu’en Christ la nuit du péché est vaincue, elle recule pour bientôt disparaitre, l’avènement de la vraie lumière illumine toute la terre des rayons de l’Evangile.
On ne peut célébrer la Noël tout en maintenant l’orgueil, l’entêtement et l’obstination à ne pas s’humilier devant Dieu et devant les hommes. Dieu qui s’abaisse en Jésus appelle chaque homme et chaque femme qui écoute la bonne nouvelle de la naissance du Christ dont les bergers ont été les premiers témoins et que l’Eglise continue à annoncer à s’humilier devant Dieu pour reconnaitre ses erreurs, son égarement pour recevoir le pardon des péchés et le salut.
Alors que les bergers étaient non seulement méprisés mais aussi jouissaient d’une mauvaise réputation de voleurs et malhonnêtes en Palestine et considérés, selon la tradition (Talmud) au même titre que les collecteurs d’impôts et les publicains dont on disait qu’ils ne pouvaient pas faire pénitence, ce sont les méprisés du bas de l’échelle sociale qui sont les premiers concernés par la naissance. Les premiers chrétiens qui vont croire à ce message et qui vont le propager ne sont pas de la haute classe. Ils contestaient aussi que ce n’est pas César Auguste dont on célébrait l’anniversaire comme le jour de l’annonce des bonnes nouvelles qui es le Sauveur comme le prétendait l’idéologie du culte de l’Empereur romain. Le fait que les premiers chrétiens ont affirmé que seul Jésus appelé aussi Christ et Seigneur et ont couru beaucoup de risque en résistant contre l’idéologie impériale, ils serviront de modèles de résistance pour tous les chrétiens de tous les temps. Nous aussi, nous devons résister contre les idéologies mortifères, c’est-à-dire celles qui sèment la mort autour de nous et les règnes qui portent atteinte à la dignité de l’homme créé à l’image de Dieu et les idéologies qui font triompher leurs intérêts égoïstes pendant que les populations portent le poids de la misère, du chômage et d’inexistence des structures sociales et infrastructures qui contribuent à humaniser l’homme et à assainir son environnement. Notre foi à Christ nous astreint à témoigner et donc à accepter le martyr pour la vérité.
Ensuite, fête de la proclamation de la grâce manifestée en Christ (Tt 2,11-15)
La louange qu’entonne une troupe céleste innombrable (Lc 2,13-14) à laquelle se joint l’ange qui proclame l’Evangile montre que dans la naissance du Christ, la grâce de Dieu a été manifestée et ladite grâce qui est source du salut de l’humanité enseigne, c’est-à-dire elle est une éducatrice ou une pédagogue qui instruit à renoncer à l’impiété, c’est à dire une vie de corruption et à celle dominée par les mauvais désirs. Tout est permis mais tout n’est pas permis. Il est indispensable de se soustraire à toute forme de libertinage et vivre dans le temps présent avec réserve, c’est-à-dire avec modération et/ou maitrise dans sa façon de s’habiller, de parler et même de se conduire. Il faut vivre dans la justice qui nous a été attribuée en Christ et plaider pour que justice soit rendue surtout dans notre contexte où les droits de l’homme sont régulièrement violés. Vivre dans la piété ou dans l’attachement à Dieu, en cherchant la sanctification dans tous les domaines de sa vie.
Terminons par les louanges qu’entonne la grande chorale de l’armée céleste qui entoure l’ange et qui dit en Lc 2,14 « gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour les hommes, ses bien-aimés ». La paix qui est promise aux hommes n’exclue pas un groupe comme le dit une traduction « paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » mais cette paix est réservée à ceux-là qui ont accueilli la miséricorde de Dieu en Christ. C’est au peuple qui est objet de la bienveillance de Dieu et pas aux hommes de bonne volonté qui est une traduction qui a été souvent évoquée mais qui est fausse. Sinon, Dieu exclurait les uns pour privilégier les autres. C’est aux hommes et femmes qui sont l’objet de la miséricorde de Dieu à qui la paix du Christ est accordée pour en vivre et la partager avec les autres.
Ceux-là qui ont fait la paix avec Dieu sont invités à la partager autour d’eux, en famille, dans le quartier, avec les amis, son conjoint et sa conjointe et avec tous ceux-là que Dieu met sur son chemin. La paix que Dieu offre est le Shalom, c’est-à-dire le bien-être intégral, la réussite dans les affaires, études, la santé, la prospérité, la sécurité, l’unité, etc.
La paix dont le texte parle est au sens de la plénitude de vie. En Luc, la paix est associée au salut que le Christ apporte (2,14.29 ; 7,50 ; 8,48 ; 10,5-6 ; 19,38.42 ; 24,36 ; Es 9,5-6 ; Mi 5,4). Cette paix restaure la justice avec Dieu et dans les relations entre les personnes et avec Dieu (Rm 14,17).
Conclusion
Que le Seigneur nous aide à intérioriser cette paix et à savoir la partager avec les autres mais aussi à résister, au nom de notre foi et notre espérance, contre toute idéologie d’où qu’elle vienne, comme l’ont fait tous les témoins qui nous ont précédé et qui ont risqué leur vie pour démontrer qu’ils sont disciples du Chris.

Rév. Pasteur Vincent MUDERHWA

Voir aussi...

La responsabilité du disciple pour le rayonnement de sa foi – Rév Dr. Vincent MUDERHWA

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